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"Il était une fois ... perdre !"

 

Gilles DESLAURIERS

psychoéducateur

Consultant en pertes, changements et transitions

Courriel au rédacteur

 

Dans les propos qui suivent, j'ai choisi de laisser parler ceux qui ont connu un conjoint, une conjointe, un ami ou un enfant malade. J'ai choisi de laisser parler ceux que j'ai rencontrés pendant la maladie. J'ai choisi de laisser parler les personnes que j'ai moi-même accompagnées à la suite du décès d'un conjoint, d'un parent ou d'un ami, quand tout est terminé.

Au-delà des mots, il y a l'universalité de l'être humain dans sa souffrance et dans ses espoirs. Il y a mon expérience mais surtout mes convictions et mes croyances.

Écoutez-les, quelques minutes. Lisez-les, quelques lignes le temps d'une émotion, le temps de ressentir la douceur, le souvenir d'une personne encore présente à votre mémoire et à votre cœur !

Perdre, c'est.... vivre le présent :

"Aujourd'hui, j'accompagne mon conjoint, ma conjointe, mon enfant, un ami ou quelqu'un de ma famille, dans la maladie, pour des semaines, des mois, des années peut-être.

Aujourd'hui, pour quelques instants Je m'enferme ! Je ne veux plus savoir, je ne veux plus souffrir, je ne veux plus voir souffrir. Mon corps tout entier se révolte dans l'absurdité de sa maladie.

Demain, je voudrais parler, dire, exprimer, profiter de la fleur qui s'ouvre, de la pluie qui tombe, de l'enfant qui rit, de ce sourire déjà passé, déjà trop court.

Hier, j'ai espéré que peut-être la médecine s'était trompée, convaincu que la conviction de vivre est suffisante pour tout guérir.

Et pour les autres jours ? Je ne sais pas, je ne sais plus. Je verrai demain !"

Perdre, c'est.... dire adieux

Dire adieux quand l'autre est encore vivant.

Nommer ma peine, mon désarroi, nos beaux moments et faire de cet instant une image et un souvenir qui déchire d'abord puis qui apaise au fil du temps.

Dire adieux après la mort.

Oser toucher, oser ressentir ma douleur après avoir été choqué devant sa mort, après avoir eu une impression de vide, d'absence, même de libération parce qu'elle ne souffrait plus ! M'abandonner parfois à la décision des autres pour mieux plonger dans l'intensité des derniers instants de sa présence.

Oser dire adieux en posant les gestes qui respectent mes croyances. "

Perdre c'est.... "ne plus jamais..."

"Plus jamais je ne pourrai le toucher. Plus jamais, je ne pourrai lui parler, sentir son odeur, l'engueuler à mon goût. Plus jamais, son rire, ses yeux, sa désinvolture.... Dois-je appuyer sur la touche de mon ordinateur où il est inscrit "effacer ?" Non!

Tous ces "plus jamais" entrent maintenant dans le passé, dans les souvenirs que je tente parfois d'oublier et qui me martèlent alors la mémoire, le coeur et l'âme. Ces souvenirs que je tente parfois d'idéaliser pour moins souffrir et qui deviennent, à l'occasion, une façon de vivre dans le passé. Tous ces "plus jamais" peuvent parfois m'inspirer et devenir un baume qui fait du bien. "

Perdre c'est.... un voyage en montagne russe

"À la première montée de ces montagnes russes, la colère m'envahit : Colère contre les médecins, contre la société, contre la vie, contre moi-même, incapable de l'avoir sauvée, contre elle qui me laisse en plan avec tout ce qu'il faut assumer. Dans le virage suivant, je touche à l'impuissance de l'être humain, à la désillusion de la permanence.

Puis, au moment où je m'y attends le moins, au moment où je crois que cette randonnée de fou tire à sa fin, encore une dernière descente. Je m'effondre à nouveau, convaincu, de ne plus jamais en voir le bout... plus jamais… jusqu'à demain où, pendant un bref instant, j'oublie, je respire à nouveau avant de replonger dans l'absurdité des "pourquoi !". Vais-je un jour terminer cette horrible randonnée ?

Perdre c'est.... essayer de comprendre, de donner un sens... trop vite.

Perdre c'est le désert

"Pourquoi elle ? Pourquoi moi ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi continuer à vivre ? Toute ma vie est remise en cause ! Mon travail, les amis, la famille. Mon monde est bouleversé. Je ne me reconnais plus, ni dans mes réactions ni dans mes choix. J'ai l'impression de tourner en rond et ne plus avoir les bons moyens, de ne plus avoir de certitudes. Je sens le vide, je me sens victime. C'est parfois réconfortant de m'apitoyer sur mon sort. Et pourquoi pas ? J'en connais qui y sont encore après plusieurs années ! Le vide est désagréable, épeurant ! J'ai le goût de crier, de me sauver, de mourir parfois."

Perdre c'est.... faire des ronds dans l'eau

"Après cette mort de l'autre, il y a moi. Que moi. Que ma souffrance que je mesure, que je hais, que j'apprivoise. Parfois, les autres m'emmerdent.

Parfois ils sont aidant. Je les éloigne, je les rapproche. J'explore cet espace très personnel, ce premier rond dans l'eau.

Puis un jour comme ça, j'entre dans un deuxième rond. J'accepte d'inclure à nouveau dans ma vie, mes enfants, ma famille. Cette ouverture stimule la blessure que je commençais à guérir. Ce que je me nommais, je dois le renommer à d'autres. Rien n'est guéri ! C'est à la fois plein d'espoir parce que j'élargis l'espace, mais c'est aussi épeurant parce que je constate l'illusion d'une plaie que je croyais mieux cicatrisée. Parce que je constate également l'éloignement définitif de l'autre.

Puis le mois suivant, un troisième rond, celui-là encore plus large se forme. Il s'appelle "travail" ou encore "amis" II inclut les deux premiers.

Encore cette ambivalence entre espoir et peur, mais cette fois moins grande. J'y navigue mieux. Puis soudain, l'inattendu ! C'est à nouveau la déprime ou un sentiment spontané qui se manifeste à nouveau !!! Mais qui ne dure pas. C'est encourageant.

" Est-ce que ça va un jour finir ? Est-ce que cette souffrance va me quitter ?

Possiblement. La douce peine ? Sûrement pas. Le souvenir ? Jamais.

Jamais je ne pourrai remplacer l'autre. Et c'est bien ainsi. "

 


Dernière mise à jour le:  09/10/2006
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