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La mort médicalisée : maîtrise ou accompagnement ?

Dr M.-S. RICHARD

Chef de service de l’U.S.P.

Maison Médicale Jeanne Garnier, Paris

2002

Courriel au rédacteur

 

>>> L'article en une page

 

Introduction

La mort médicalisée paraît une évidence, un fait actuel, mais cette expression recouvre plusieurs réalités qu'il me semble nécessaire de distinguer.

La mort médicalisée désigne d'abord la mort à l'hôpital

Depuis une vingtaine d'années le lieu de la mort s'est déplacé du domicile des personnes à l'hôpital. Malgré les efforts de maintien à domicile des personnes âgées et le développement des soins à domicile, 70% de la population en France meurt à l'hôpital. Ce chiffre est d'autant plus surprenant que le plus grand nombre souhaite mourir à domicile. Comment expliquer un tel paradoxe, si ce n'est en soulignant la difficulté d'écouter le souhait du patient ou de la personne, et de prévoir le moment de la mort.

Certaines familles ne se sentent pas capable de faire face à la mort de leur proche à domicile et préfèrent le transfert à l'hôpital sans pour autant demander la prolongation de sa vie à tout prix !

Médicaliser la mort, consiste aussi à demander aux médecins

d'intervenir pour si possible en retarder l'échéance, en mettant en oeuvre les thérapeutiques nécessaires. Il est difficile pour un médecin ou pour des proches de ne pas adresser un malade en phase critique à l'hôpital sans éprouver un sentiment de regret ou de culpabilité.

Il est aisé d'imaginer les thérapeutiques lourdes dont l'emploi fait parfois craindre un excès thérapeutique, plus communément appelé « acharnement thérapeutique ».

« Mourir aujourd'hui en Occident », précise J-L Baudouin (1),

« c'est souvent mourir inconscient, intubé, gavé, perfusé, anesthésié, à l'hôpital, seul et loin de tout ce qui avant le déclenchement du processus faisait la vie ».

La médicalisation de la mort fait également appel aux traitements et aux soins palliatifs,

qui visent le soulagement et le confort du malade et l'amélioration des conditions de sa mort. Grâce au développement des connaissances, ces possibilités thérapeutiques palliatives sont devenues plus nombreuses et entraînent la prescription de médications multiples justifiées, à l'hôpital ou à domicile.

De plus l'administration de ces médicaments est facilitée par des progrès techniques comme les cathéters et les chambres implantables, celle-ci peut être maintenue sans désagrément pour le patient jusqu'à la fin de sa vie ! Les soignants doivent sans cesse réfléchir au bien fondé des traitements et décider parfois de les interrompre, en accord avec le malade. Parfois l'entourage exige l'administration de traitements ou d'alimentation par voie veineuse, ou leur abstention, alors que les soignants n'en voient pas la justification.

Ces pressions familiales montrent la difficulté de se situer devant la mort d'un proche et l'ambivalence de chacun.

Le problème de l'alimentation et de l'hydratation parentérale (c'est à dire par perfusion ou sonde) est particulièrement délicat, et fait intervenir les différences culturelles. En effet l'alimentation et l'hydratation parentérale relève des soins de confort en France alors qu'en Amérique du Nord, elles sont considérées comme une thérapeutique dont il est possible de s'abstenir. De plus dans certaines cultures il n'est pas envisageable de ne pas nourrir un malade!

Enfin pour certains, médicaliser la mort c'est intervenir sur son heure,

en provoquant, par des moyens médicaux, sa survenue, à la demande ou non du malade. Il s'agit là d'euthanasie ou de suicide médicalement assisté.

La médicalisation de la mort ne relève pas seulement des progrès techniques biomédicaux mais aussi d'une évolution de nos sociétés occidentales. B. Cadoré (2) l’exprime clairement :

« Il s'agit plutôt d'un changement dans l'attitude philosophique du sujet à l'égard de sa propre existence ; attitude par laquelle l'individu s'affirme toujours davantage dans son autonomie ; cette attitude peut le conduire, en même temps, à revendiquer de pouvoir jouer ce rôle de sujet à l'égard de sa mort et à attendre de la capacité médicale qu'elle vienne soutenir son existence individuelle dans la durée du temps. Les potentialités de la médecine viennent renforcer cette attitude... l'homme moderne est devant le défi d'inventer un mode de rapport à la mort qui tienne compte de ses nouvelles capacités et des nouvelles représentations de son existence. Les reproches faits à la médecine moderne expriment la perception de risques devant la dimension technique de la médecine et la maladresse de l'homme pour apprivoiser cette technique en humanité. »

 

Devant une telle médicalisation de la mort, certains se demandent si l'on peut encore parler de mort naturelle ? Pour J-L Baudouin (1):

« la mort aujourd'hui a, dans bien des cas, perdu son sens véritable et naturel qui est d'être la dernière phase en continuité avec la vie. »

La médecine est parfois tentée de considérer la mort comme un accident dont il est possible d'éviter la survenue, au prix parfois de traitements ou de techniques dont les contraintes ou les conséquences sont inacceptables ou insupportables. La mort peut-elle survenir au terme d'une longue vie ou d'une maladie grave comme un processus normal, et même attendu, qui ne nécessite pas d'intervention médicotechnique ?

La personne qui s'approche de la mort n'a-t-elle besoin que de la technique et des soins médicaux ? N'attend-elle pas aussi de la part de ses proches et des soignants, une certaine qualité de relation, d'écoute et de présence ? La question de l'accompagnement est posée.

Notre réflexion autour de la mort médicalisée nous amènera donc à aborder des questions très actuelles : traitement de la douleur, soins palliatifs, acharnement thérapeutique,  information et consentement du malade, refus et interruption des traitements, euthanasie et alternatives.

Malgré le peu de temps dont je dispose, j'ai préféré «balayer» tous ces sujets en me référant à mon expérience en soins palliatifs et en précisant la position du magistère de l'Eglise catholique.

Chacun pourra prolonger sa réflexion personnellement ou en participant aux activités du Département d'Ethique Biomédicale.

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Dernière mise à jour le:  09/10/2006
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